"with my umbrella, I fly" link
Je suis en voiture, avec quelqu’un. On est près d’une falaise, et la voiture va y tomber, je me prépare mentalement à chuter.
La chute se fait lentement, je crois que je vais m’en sortir. Ce n’est pas très haut.
'Frau, kennst du noch den Ritter? "
Je suis nonne et j’ai couché. Le chevalier m’a prise par surprise. C’était bon.
Le lendemain de la baise.
Nan, ça c’est pas un mot que je veux employer. Je dirais plutôt ‘le lendemain de l’amour’.
Parce que j’ai fait l’amour avec lui. Et je différencie bien baise et amour. Parce qu’ il m’embrassait énormément, il me caressait beaucoup aussi. Et il me parlait. Et pas vulgairement. Doucement. C’était bon. Il était face à moi. Il m’a donné et j’ai reçu.
J’ai bien reçu, ah ça ouais, j’ai pris cher j’peux vous le dire.
Mais la capote a craqué. La capote a craqué. (bis) On dirait une chanson de, comment il s’appelle déjà ? Ah je l’ai sur le bout de la langue…
Bon. La capote a craqué. Bah merde. Enfin je dis merde, j’veux dire ‘dommage’.
Il était dans tous ses états, c’est presque moi qui l’ai rassuré.
Tout de suite le lendemain j’ai pris la pilule du lendemain.
Ça tirait dans les ovaires. Mais la pilule ne marche que 7 à 9 fois sur 10. Et j’ai une copine qui l’a prise et qui est quand même tombée enceinte.
J’ai bien aimé parce qu’il s’est intéressé, genre combien ça coûte et tout ça…
Puis j’ai passé la semaine à m’entretenir dans un état amoureux. Un transport.
Et avec mon coloc on a imaginé des situations. Il m’a dit que ça ne le dérangeait pas qu’il y ait un bébé à l’appart. Il était content. Je me suis dit que vraiment, mon coloc est un ami ultime avant d’être mon coloc, et que c’est clair, je veux qu’il soit impliqué dans la vie de mes enfants.
J’ai pris conscience que l’avortement, c’est pratique.
Et j’ai rêvé de ce bébé. J’ai imaginé des tas de trucs en vrac. Je dis tout au père. Il est d’abord mal, en colère, puis dans une engueulade où je pleure, il me prend dans ses bras et là on s’embrasse comme j’ai jamais embrassé. Comme si on se rendait compte qu’on s’aimait. Alors qu’on ne se connaît pas.
Ou bien dans la salle d’attente de l’hôpital avant l’avortement, on est à deux parce qu’il a bien voulu m’accompagner. Et au dernier moment, juste avant que je parte avec l’infirmière, il me fait une déclaration, et il dit qu’il veut ce bébé avec moi, et alors on pleure tous les deux dans les bras l’un de l’autre et les infirmières sourient et les autres meufs qui attendent sont dégoutées. Et on repart ensemble. Vers la galère.
J’ai cherché des prénoms : Pasiphaë, Jude, Kim… j’ai choisi Kim. Pour un garçon. Ce serait un garçon. Je trouve que Kim, ça le fait. Là je donne pas le nom de famille par respect du secret, mais croyez moi Kim+ le nom de famille ça le fait…Mon coloc a bien aimé.
Alors je l’ai noté sur notre tableau, KIM.
Chaque soir en rentrant du travail, ou le matin au réveil, il a posé sa main sur mon ventre pour dire bonjour au bébé.
Puis j’ai fait les magasins rayon grossesse.
Puis j’ai eu peur de faire une grossesse nerveuse.
Puis j’ai vu mon corps grossir. Je me suis vue grosse d’être enceinte. Ça m’a tellement dégoutée que ça m’a rappelé que j’avais un problème avec mon corps.
Puis j’ai pensé à mon avenir. C’était pas du tout le moment.
Que j’élève mon enfant seule, ça me fait pas peur.
Mais j’ai commencé à me dire que c’était pas une si bonne chose que ça. Là maintenant, en tant qu’ « accident ».
Et j’ai eu mes règles.
Je l’ai annoncé à mon coloc. Il était triste. On a fait une photo ensemble, avec nos mains posées sur mon ventre. Et on a allumé une bougie.
Et j’ai dit que j’avais le ventre gonflé. Il m’a dit que j’étais certainement plus enceinte de tourteau fromager que d’un fœtus. Le tourteau fromager c’est notre plaisir à mon coloc et moi.
Evidemment le père biologique ne sait rien de tout ça. C’est ça qui est drôle.
Vous avez vu j’ai pas parlé du Sida.
Du sable/ la trace d’un passage /un reste de vécu. La plage arrière, dans le véhicule.
C’était là - ce n’est plus là - et pourtant c’est encore là.
La plage arrière/ le morceau caché/ l’espace « derrière » : un endroit vaste et secret qui consigne les traces de...
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